dimanche 4 décembre 2016

Le fameux "catch" en crawl

1. Que signifie cette expression dont on entend tellement parler autour des bassins ?

"Catch" signifie simplement "attraper" en anglais ; l'expression désigne la phase durant laquelle le nageur commence à exercer son appui sur l'eau vers l'arrière avec sa main, puis avec son avant-bras. Cette phase est la suite du "reach", encore un anglicisme qui signifie l'extension du bras devant soi (dont je parlerai en détails dans un prochain billet).

Le catch, c'est à dire la prise d'appui de la main et du bras sur l'eau est décisive pour avoir une bonne propulsion. C'est d'autant plus vrai dans le crawl actuel ou moderne où on insiste sur une prise d'appui rapide dans le cycle de nage (l'idée, confirmée par la pratique, étant que cela permet une propulsion plus efficace).

2. Pourquoi est-il si fondamental ?

Le catch va déterminer en grande partie la qualité de votre propulsion; un peu comme le contact du pied avec le sol pour un coureur ; si en courant, votre pied glisse sur le sol, alors vous n'aurez pas d'équilibre et de puissance; c'est dans une large mesure similaire en crawl si votre bras passe à travers de l'eau ; vous n'aurez ni une propulsion efficace, ni un bon équilibre.

3. En quoi consiste-t-il ?

Ce geste nécessite à la fois une bonne technique et un bon ressenti de ses appuis sur l'eau.

En suivant l'exemple de la championne Katie Ledecky, on peut le décomposer en 4 phases, l'extension du bras étant un préalable mais on y reviendra plus en détail dans un autre post.



Commentaire: si vous avez du mal à rester bien horizontal sur l'eau et à garder votre bassin près de la surface, je vous conseille plutôt d'étendre votre bras en le pointant un peu vers le fond du bassin.



Commentaire: le premier mouvement après l'extension complète du bras consiste à légèrement casser le poignet et commencer à ressentir la pression de l'eau sur la partie supérieure de la paume de la main.


Commentaire: pour préserver le bon angle d'appui sur l'eau, le nageur doit, comme le fait Katie Ledecki, faire une légère rotation du coude vers l'intérieur afin de tourner son coude de bas en haut. Pour visualiser le mouvement, imaginez vous avoir collé sur la pointe de votre coude la photo d'un visage et vous tournez le coude pour que ce visage vienne regarder en direction du mur du bassin parallèle à votre ligne d'eau ; ou bien chercher à reproduire le mouvement du coude comme si vous teniez bras tendu une carafe d'eau et que vous voulez remplir un verre placé devant vous. 




Commentaire: le coude se plie légèrement : le nageur doit ressentir la pression de l'eau sur la haut de la paume et le bas de son avant-bras. Quand le catch est réussi, le nageur doit presque avoir la sensation de nager avec des plaquettes, tant la sensation de pression de l'eau sur la main et l'avant-bras est forte : la sensation de pression  à cet instant doit se situer en haut de la palme de la main et juste au dessus du poignet. Pour certains, c'est un peu la sensation que l'eau vous donne la main (comme un adulte donne la main à un enfant).

La suite du catch consiste à abaisser la main tout en gardant le coude haut, c'est à dire que le poignet doit toujours se trouver sous le coude, comme on peut le voir sur la série de photos suivantes d'un catch particulièrement réussi (là encore, il s'agit de Katie Ledecky) :








Le nageur doit chercher à projeter l'eau derrière lui et non pas sous lui. C'est la raison pour laquelle on doit chercher à plier le coude durant le mouvement. D’où l'expression anglo-saxonne "Early Vertical Forearm" ou "EVF" qui désigne le mouvement consistant à mettre son avant-bras vertical alors que le coude est encore loin devant l'épaule (comme sur cette dernière photo de Katie Ledecky).

Arriver à garder la partie haute du bras aussi horizontale que Katie Ledecky, durant la prise d'appui, demande une très bonne technique, une musculature très solide de l'épaule et une grande souplesse. C'est un geste que tous les nageurs ne pourront pas acquérir et ce n'est pas si grave.

Il faut avant tout veiller à éviter le défaut consistant à trop affaisser le coude lors de l'appui. En effet, beaucoup de nageurs ratent leur catch car ils affaissent leur coude vers le fond du bassin ce qui annule l'effet de propulsion. C'est le cas du nageur sur la photo du dessous ; on voit comment son coude se plie en s’enfonçant. Ce défaut est extrêmement courant en particulier lors de la phase d'inspiration (comme c'est le cas sur la photo).



4. Comment optimiser son catch

Pour bien réussir son catch, en plus des conseils précités, il faut veiller à essayer :

- de toujours garder l'épaule plus haute que le coude et le coude plus haut que le poignet : il est important de visualiser cette ligne qui part de l'épaule et va jusqu'à la main et qui va évoluer tout au long de la réalisation du catch (c'est à dire entre le moment où la main est le plus loin devant le nageur et quand la main se rapproche de l'épaule) ;



- de chercher à placer son coude sur le plan sagittal du corps : cela veut dire que si vous tracez une ligne latérale reliant les deux épaules du nageur et la prolonger sur le côté du nageur, le coude lors de l'appui doit chercher à se rapprocher de cette ligne ; le nageur a deux stratégies pour cela : soit il relève son coude (comme le fait Ledecky) en cherchant à le garder près de la surface, soit il enfonce plus son épaule sous l'eau. La première solution est hydrodynamiquement la plus intéressante et c'est d'ailleurs la manière de faire des meilleurs nageurs mondiaux en particulier en endurance ; la second approche est plus consommatrice d'énergie ; on va donc l'observer sur des épreuves plus courtes avec des nageurs souvent plus puissants. C'est tout de même une solution intéressante à considérer pour les nageurs qui n'arrivent à pas garder le coude près de la surface. 

Sur cette image de Ian Thorpe, on voit comment le coude se trouve exactement sur une ligne droite qui relierait ses deux épaules : le bras est alors placé en position optimale pour une puissance maximale.


La raison du placement du coude sur la ligne d'épaule est que cette position permet d'activer au maximum les muscles les plus puissants du dos (le grand dorsal). C'est ce muscle que vous utilisez en particulier quand vous faites une traction à la barre fixe. En réalisant cela, vous donnerez plus de puissance à votre catch.

On voit sur l'image suivante le défaut consistant à mettre le coude derrière cette ligne, ce qui a pour effet de déséquilibrer cette nageuse et engendrer une sur-sollicitation de l'épaule préjudiciable à plus ou moins long terme :


Je parlerai du "reach" dans un prochain billet car je sens déjà votre impatience sur le sujet.

Pour plus de détails et d'autres conseils sur le sujet, je vous renvoie au livre "Le Guide du Crawl Moderne" que vous n'hésiterez pas, j'en suis sûr, à offrir à vos amis nageurs pour les fêtes ou à vous offrir à vous-même !

Bonne nage !

12 commentaires:

  1. Bonjour Sébastien,
    Excellent article, comme d'habitude. Merci.
    Une question seulement : si je ne suis pas assez souple pour effectuer cette rotation du coude (Commentaire: pour préserver le bon angle d'appui sur l'eau, le nageur doit, comme le fait Katie Ledecki, faire une légère rotation du coude vers l'intérieur afin de tourner son coude de bas en haut.) est-il possible de faire des assouplissements qui vont me donner suffisamment de souplesse ? Si oui, lesquels ?
    Ou bien est-ce très difficile, voire quasiment impossible pour un adulte d'assouplir suffisamment son coude pour effectuer ce mouvement correctement ? (Comme pour les chevilles : même si je faisais une heure d'étirements par jour pendant plusieurs années, je n'arriverai jamais obtenir des chevilles assez souples pour toucher le sol avec les doigts de pied, la jambe étendue au sol, alors que des nageurs pros ou d'anciens gymnastes le font sans problème).
    Cordialement,
    Fred

    RépondreSupprimer
  2. Merci. Je pense qu'il faut être plus précis : à mon avis, la légère rotation du coude au départ ne demande pas de souplesse particulière. C'est en revanche un peu plus tard dans le mouvement que le problème de souplesse se pose, quand on veut garder le coude près de la surface et casser le coude. A mon avis, c'est vraiment délicat à améliorer (il faut se souvenir que l'articulation de l'épaule est relativement fragile). Dans ce cas, je conseillerai plutôt de ne pas forcer la position quitte à ce que le coude ne reste pas près de la surface mais pour que cela soit payant, il faut alors plus fortement enfoncer l'épaule sous l'eau. Cela peut augmenter la traînée mais le gain de puissance est tout de même là. Evidemment, c'est encore mieux de le faire comme Ledecky car on gagne en puissance sans augmenter la traînée. C'est pour cela que les nageurs de très haut niveau font un tel geste qui n'est pas à la portée de tout le monde loin de là. Comme toujours, il est avant tout important de comprendre le pourquoi d'un geste pour arriver à se l'approprier à sa manière, plutôt que de chercher à le copier bêtement et souvent sans succès.

    RépondreSupprimer
  3. Bonsoir Sébastien,

    Pas du tout d’accord sur la facilité de cette rotation du coude. J’en suis incapable, et je ne suis pas le seul. J’avais demandé il y a plusieurs mois ds mon club de natation à qques personnes d’essayer (des nageurs d’un bon niveau Master, aux alentours de 800 pts en NL sur la table de cotation FFN machin chose), personne n’arrivait à lever le coude de plus de qques millimètres vers le plafond en gardant le bras tendu, la main horizontale et l’épaule fixe. Ai demandé également à des non-nageurs, même résultat.
    Tu es E.T. pour être tellement souple sans même t’en rendre compte ? ;-)
    Donc je pense que si, cela demande bcp de souplesse pour un humanoïde «normal».
    Mais je me demande si ce mvt du coude que je trouve très difficile à réaliser est vraiment si important à un niveau amateur ? Ça apporte vraiment un gain conséquent ou bien c’est infinitésimal ?

    Je suis en revanche entièrement d’accord avec sur le second point, il faut mieux enfoncer l’épaule et le coude ds l’eau plutôt que de s’échiner à garder le coude tout près de la surface, risquer de se faire mal et obtenir au final un résultat pas terrible car on perd bcp en puissance.

    Il est possible de « mesurer » assez facilement tout ça.
    Par exemple si on laisse tomber son coude on perd énormément comme tu le fais remarquer (il suffit de nager une longueur avec 6 cdb coude bien placé suivis de 6 cdb coude qui tombe pour s’en apercevoir).
    Pour les chevilles aussi, on s’aperçoit tout de suite de l’importance de la flexibilité et de la souplesse en faisant une longueur de battements en alternant pieds à angle droit avec la jambe et pieds le plus allongé possible : on fait du surplace puis on avance et ainsi de suite. Même pas besoin de se chronométrer, il suffit de regarder défiler les carreaux au fond du bassin.

    Alors si tu arrives facilement à effectuer cette rotation du coude, tu as déjà essayé d’effectuer une longueur en alternant le mvt sous-marin du bras avec et sans cette rotation pour voir le résultat ? Ou bien deux longueurs, une sans et une avec rotation ? Je serais très curieux d’avoir ton avis.
    Merci d’avance si tu prends qques minutes pour faire cette expérience et nous donner tes conclusions.

    Cordialement,
    Fred

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Bonsoir,
      Si tu ne sens pas ce mvt du coude, je pense qu'il faut pas insister : il faut beaucoup mieux se concentrer sur ses sensations d'appui ; si on ressent la pression sur la main et l'avant-bras, c'est que le catch est réussi et que très probablement le coude se positionne comme il le faut sans que le nageur en ait réellement conscience.

      Personnellement, cette rotation du coude est devenue instinctive ; elle est aussi liée au "reach" (à la manière dont le nageur se positionne avant le catch). Ce sera l'objet d'un prochain billet.

      Cordialement,

      Supprimer
    2. Bonsoir Sébastien,
      J'ai retrouvé une vidéo de GoSwim qui montre ce mouvement du coude (hors de l'eau) vers le haut (de 0'54 à 1'30 environ).
      https://www.youtube.com/watch?v=GZGyARs7VXo
      On voit bien la rotation du coude du nageur, avec la main et le poignet qui restent complètement immobiles.
      J'en suis incapable - comme la plupart des gens à qui j'ai demandé de faire le test.
      Je pense que ça demande une souplesse incroyable de l'épaule.
      Ds les commentaires sous la vidéo, deux personnes disent qu'on peut s'entraîner pour y arriver. Suis bien curieux de savoir comment ;)
      Et je me demande aussi si c'est vraiment tellement important, parce que j'ai l'impression qu'on peut très bien ressentir la pression de l'eau sur la main et l'avant-bras sans effectuer cette rotation du coude (mais sans baisser le coude et en le gardant le plus loin possible devant soi pendant le catch).
      Cldt,
      Fred

      Supprimer
    3. Ca peut devenir important et intéressant à vitesse très élevée car cela permet au bras d'avoir moins de trainée (je parle de la partie haute du bras (c'est à dire le "bras" en anatomie par opposition à l'"avant-bras")). C'est le geste que fait de manière très marquée Hayden Woolley sur cette vidéo : https://youtu.be/0Y5OVXuHGys

      A vitesse amateur, l'intérêt de ce type de placement d'épaule et du coude est largement moindre (surtout compte-tenu de la contrainte mise sur l'articulation de l'épaule).

      Supprimer
    4. D'accord.
      Donc c'est pas pour moi ;)
      Merci pr tes réponses Sébastien.
      Fred

      Supprimer
  4. D'accord, merci.
    Mais après test hier soir, le fait de bien sentir ses appuis n'entraîne pas de rotation du coude sur mes bras j'ai l'impression.
    A moins qu'on ne parle pas de la même chose ; je vais essayer ce week-end de retrouver cette courte vidéo qui montrait une rotation impressionnante du coude (avec un coude qui pointait quasiment vers le plafond, le reste du bras restant immobile). Comme ça tu pourras me dire si on parle bien de la même chose.
    Fred

    RépondreSupprimer
  5. Bonjour, merci pour cet article. J'aurais juste une question concernant la photo de Ian Thorpe justement: de ce qu'on y voit, il a un gros roulis, 45° au bas mot mais en gardant ainsi son coude, sa main gauche vient "dangereusement" couper la ligne mediane non? Or je crois me rappeler qu'il ne faut jamais que la main tracteuse depasse ou coupe la ligne mediane. D'ailleurs je me posais deja cette question car je m'entraine a avoir un gros roulis, et je tombe sur ce probleme que ma main coupe la ligne mediane. Si je ne veux pas qu'elle coupe, je suis oblige de plier l'epaule vers l'arriere (angle negatif) et c'est un peu douloureux, n'etant pas tres souple de l'epaule. Vaut-il mieux diminuer le roulis? Je crois que ce n'est pas recommande non plus, trop peu de roulis? Le dilemne..

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Bonjour, on peut tout à fait avoir un fort roulis et ne pas croiser la ligne médiane. Cela se fait grâce à la position du coude. On le voit très bien sur cette vidéo où la jeune nageuse a un fort roulis mais fait en sorte que son avant-bras soit vertical (en ouvrant un peu plus son coude) : https://youtu.be/5l8EDj0JLCk (c'est un exemple parmi tant d'autres de vidéos qui montrent cela). Donc penser à garder vos doigts pointés vers le fond du bassin quand votre main revient vers l'arrière. Bonne nage!

      Supprimer
    2. Oh je vois sur la video, effectivement elle ouvre le coude pour garder l'avant bras a la verticale. Mais en faisant ca, au final, meme si son coude reste plus "haut" que sa main, j'ai l'impression que sa main va quand meme chercher un appui plus en profondeur non? Ok, ce n'est pas non plus une grosse profondeur mais pour un nageur amateur pas tres efficace que je suis, je devine qu'un tel geste est suffisamment profond pour augmenter sensiblement la trainee et reduire l'efficacite de ma tracion.
      De plus, sur la video, tres interessant, je vois enfin clairement comment elle accelere son mouvement des le debut du catch. En faisant ca trop vite, n'y a-t-il pas un risque de bacler le geste et de ne pas bien "catcher" l'eau? Si on le fait trop rapidement? Et si on ne catche pas bien, je suppose que la traction est moins efficace?
      Sur ce, je vais essayer ca demain matin a la piscine. Je n'ai plus qu'a lacher mon style en opposition et a me mettre au semi-rattrappe/rattrape complet comme elle le fait.
      Merci encore pour ces precieux conseils

      PS: votre livre comme cadeau de noel, cela a fait une heureuse de plus dans ma famille!

      Supprimer
  6. Bonjour,
    Merci pour votre article, et tous les autres aussi d'ailleurs, très intéressants.

    A la lecture de ce dernier, une chose me frappe : le mouvement sous-marin du bras a l'air d'être globalement l'opposé du mouvement aérien.

    Je suis débutant et tout ceci n'est pas encore simple à mettre en oeuvre. Pensez-vous judicieux de visualiser dans un premier temps ses cycles de coup de bras comme une succession de mouvements d'abduction / adduction ? Pour ensuite penser aux autres subtilités par la suite ?

    J'ai testé (et en gardant à l'esprit de garder le coude haut) et je me suis directement amélioré, mais je me demande si cette vision des choses n'est pas trop simplifiée ?

    Sinon pour la rotation du coude comme montrée dans les précédentes vidéo j'y arrive, et je confirme que ça peut demander quelques essais pour y arriver sans mettre sa main en appui sur une surface. Cependant, ce genre de rotation m'a l'air un peu extrême, on sent qu'on a intérêt d'avoir un minimum de force pour accompagner une telle flexibilité. Et pour ceux qui n'y arrive pas, je crois que ça peut aussi être à cause de l'âge (pour info j'ai 27 ans), je crois que la flexibilité de l'épaule se perd en partie définitivement arrivé à la trentaine si on ne l'entretient pas régulièrement.

    RépondreSupprimer